L’économie québécoise est tributaire
de ses exportations. Lors de la campagne électorale de 1988 sur le
libre-échange, les Québécois, tout parti confondu, étaient aux
premières loges pour la promotion d’un accord favorable au
libre-échange avec les États-Unis d’Amérique. Leur satisfaction à
cet égard n’a jamais été dénoncée par aucun parti politique ni
aucune centrale syndicale malgré les différents conflits commerciaux
soit dans l’industrie du bois de sciage, de l’industrie porcine ou
de la pêche.
Personne aujourd’hui, ni sur la scène
fédérale ni sur la scène provinciale, ne demande de rompre les
accords de libre-échange. On peut donc parler d’un véritable
consensus à cet égard malgré les différends commerciaux. Cette
philosophie est d’autant plus acceptable que malgré certains
conflits commerciaux inévitables entre partenaires, plus de 40% de
notre économie dépend désormais de l’exportation de nos produits
chez nos voisins du sud. On n’a qu’à penser ici à des entreprises
comme Saputo, Bombardier, Pratt &Whitney, Alcan, Québecor, etc…
Quant à nos « conquêtes » sur le marché américain, on peut penser
aux Jean Coutu, aux Couche-Tard, au Canadien National, au Cirque du
Soleil, etc….
Plus spécifiquement, dans l’industrie
éolienne, plusieurs entreprises sont actives sur les marchés
étrangers. Parmi celles-là, on peut penser à Boralex et Brookfield
Energy. Dans le cadre de la première soumission de 1000MW, ce sont
effectivement deux entreprises majoritairement détenues par des
actionnaires à l’extérieur du Québec qui ont remporté l’appel
d’offres.
Deux remarques s’imposent. D’une
part, les opposants semblent oublier facilement que les entreprises
qui toucheront des profits assumeront également les risques
financiers, notamment ceux du financement, de la variabilité des
vents, des coûts de construction et des frais d’exploitation. En
d’autres mots Hydro-Québec n’aura pas à prendre les risques, sinon
celui de la demande québécoise d’électricité. Mais qui peut
sérieusement penser que celle-ci sera à la baisse au cours des vingt
prochaines années?
Par ailleurs, le statut de société
« étrangère » n’implique pas nécessairement que l’ensemble des
profits quitte le Québec. Ainsi, à titre d’exemple, la Caisse de
dépôt et de placement du Québec est actionnaire à la hauteur de 4%
pour cent de TransCanada Corp, partenaires à 62% du consortium
Cartier énergie éolienne qui a remporté 739MW des premiers
990 MW octroyés par voie de soumissions publiques. Les 38% restants
sont aux mains d’Innergex II de Longueuil, composé de caisses de
retraite (CDPQ (Mouvement Desjardins), Sun Life, Kruger et TdCanada
Trust ). Enfin, l’expertise et le « know how » sont concentrés non
pas au siège social de TransCanada Corp à Calgary, mais à Longueuil
au Québec où Cartier fournit de l’emploi permanent à plus d’une
quarantaine de personnes.
Enfin, une « troisième
nationalisation », cette fois de l’industrie éolienne naissante,
enverrait un mauvais signal aux investisseurs étrangers compte tenu
de l’engagement de trois gouvernements successifs (Bouchard, Landry
et Charest) à céder la production de cette filière énergétique au
secteur privé.
À une vision simpliste de
l’actionnariat « étranger », on peut facilement opposer l’apport du
capital « étranger » pour développer l’économie québécoise. Doit-on
rappeler que le Québec fait partie des trois provinces canadiennes
où la croissance des investissements sera la plus faible en 2006,
avec une croissance prévisible d’à peine 0,9% comparativement à une
croissance moyenne nationale de 6,1% pour cent ? Le Québec a tout à
gagner de l’apport des investissements étrangers. Enfin, est-il
besoin de noter que les actionnaires toucheront les profits dérivés
de l’industrie éolienne si cette industrie touche comme prévu les
profits escomptés et si les vents, variable principale affectant le
rendement, sont au rendez-vous.