Sauf à Cuba (11.5 MW à l’horizon
2008), en Saskatchewan (Sask Power), à l’Île-du-Prince-Édouard (PEI
Energy Corporation), le développement éolien se fait entièrement par
l’entremise du secteur privé, tant en Amérique du Nord qu’en Europe.
Même là il faut s’entendre. Une
entreprise privée, Ventus Energy, (récemment achetée en juillet 2007 par Suez Energy North
America) vient de construire un parc à l’Ile
du Prince Édouard, à partir duquel elle deviendra la première
entreprise canadienne à exporter de l’énergie éolienne aux
États-Unis, et dans ce cas-ci, au New England Pool.
Partout le constat est le même :
l’entreprise privée est non seulement plus flexible et moins
coûteuse pour assurer la mise en place parcs éoliens, mais elle est
aussi plus apte à assumer les risques qui vont de pair avec la
production de cette forme d’énergie.
En juin 2007, les Coopératives
regroupées d’énergies renouvelables de l’Est du Québec (CREREQ) se
sont prononcées officiellement contre la nationalisation du secteur
éolien. Ces coopératives, qui regroupent autant des citoyens issus
des milieux communautaires que des élus de la région, souhaitent
plutôt obtenir un meilleur soutien d’Hydro-Québec.
Dans une entrevue accordée à Alexis
Deschenes au réseau TVA le 30 octobre 2006, André Marier qui en 1962
développa l’argumentation pour René Lévesque en faveur de la
nationalisation, soutient qu’il ne voit pas aujourd’hui de raisons
techniques en faveur de la nationalisation. A l’époque les tarifs et
le service étaient différents de région en région. Ce n’est plus le
cas aujourd’hui alors que les tarifs ont été uniformisés et que les
services offerts sont uniformes à travers la province. « Je n’ai pas
vu d’études qui m’amènerait à penser qu’on devrait nationaliser
l’énergie éolienne » expliquait M. Marier au reporter de TVA. M.
Marier expliquait que la vraie question, maintenant que les tarifs
ont été uniformisés, c’est de savoir qui d’Hydro-Québec ou des
producteurs privés est le mieux placer pour développer l’énergie
éolienne. Interviewé dans le cadre de ce reportage le président d’Innergex
M. Gilles Lefrançois déclarait : « On est mieux d’avoir un système
concurrentiel que d’avoir un monopole. C’est sûr qu’on bénéficie de
meilleurs prix. »
A moins d’être aveugle il ne fait
plus aucun doute que dans le monde actuel c’est cette approche qui
est désormais privilégiée. C’est ainsi qu’en France, EDF
(Électricité de France), premier producteur mondial d’électricité, a
décidé de confier à une entreprise privée québécoise la construction
de sept parcs éoliens, du Nord Pas de Calais, en passant par
Toulouse, la Bretagne et le Massif Central. Cela fait d’ailleurs de
Boralex un important producteur d’énergie éolienne en
France. Comme au Québec il s’agit de contrats signés entre Boralex
et EDF d’une durée de 20 ans avec une capacité de 103 MW.
Que des militants syndicaux soient
disposés à céder au secteur privé la construction de parcs
d’éoliennes, voilà un premier pas dans la bonne direction, mais la
flexibilité et les coûts d’exploitation doivent aussi être pris en
compte.
La cohabitation du secteur privé avec
le secteur public n’empêche nullement la société d’État de prévoir
la demande à long terme et d’assurer la plus grande intégration
possible de l’énergie éolienne avec l’énergie hydraulique.
Hydro-Québec, en tant que monopole, reste l’acheteur unique
d’électricité au Québec et les entreprises associées à la production
d’énergie éolienne ne produisent de l’électricité qu’en conformité
avec les contrats qu’elles ont signés avec la société d’État.
Enfin, signalons que tout contrat,
permis ou concession autorisant l’implantation sur le domaine de
l’État de parcs éoliens contient également une clause prohibant
l’exportation d’électricité par les producteurs privés. La publicité
de la société d’État donne le ton. « Répondez à l’appel du vent »
peut-on lire pour les fins de l’appel d’offres de 2000MW prévue pour
2007. On l’aura compris clairement, c’est Hydro-Québec qui invite,
et qui reste le maître d’œuvre de l’énergie au Québec.
Voir aussi sur ce site les articles de Gilles Lefrançois:
http://www.energie-eolienne.ca/documentheque/eolien1/eolien1.html