Parler d’anarchie pour aborder le
développement éolien au Québec, c’est faire insulte à tous ceux
qui, depuis le début des années 2000 sous le gouvernement du
Parti Québécois, ont mis de l’avant de développement éolien de
la Gaspésie et des Îles-de-la-Madeleine. Déjà, il y a six ans,
l’entente cadre de développement signée à Grande-Rivière le 15
septembre 2000 avait identifié comme première cible « de
travailler à la création et à la mise en place d’un technopôle
éolien ayant comme mandat le développement d’une expertise
éolienne ainsi que le développement en région d’une industrie
éolienne. » Source : Entente cadre de développement de la région
de la Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine 2000-2005, p. 22
Le développement éolien au Québec
est donc le fruit d’un long processus souhaité et revendiqué par
la Gaspésie et les Îles-de-la-Madeleine. C’est ainsi qu’après un
premier contrat signé de gré à gré en décembre 1993, six
contrats de gré à gré furent ratifiés avec des entreprises à
compter de 2003 pour implanter des parcs éoliens en Gaspésie.
Quatre des six contrats furent signés avec le gouvernement du
Parti Québécois, et les deux derniers, en septembre 2004 et en
février 2006, sous le gouvernement actuel du Parti Libéral du
Québec. Ces contrats qui représentent au total 545,25 MW ont
fait l’objet d’annonces publiques. Par ailleurs, juste avant
l’élection du printemps 2003, le gouvernement du premier
ministre Bernard Landry invita Hydro-Québec Distribution à
lancer son premier appel d’offres de 1000 MW qui s’ajoutait
ainsi aux quatre contrats signés de gré à gré par Hydro-Québec
Production de 1993 à 2002.
Les projets éoliens jusqu’ici
réalisés et ceux actuellement en cours ont donc été l’objet soit
d’ententes de gré à gré d’Hydro-Québec Production, soit d’appels
d’offres d’Hydro-Québec Distribution. Le processus d’appels
d’offres s’étale sur plusieurs années, tout comme d’ailleurs, la
réalisation même des projets. Ainsi, dans le cadre du premier
appel d’offres de 1000 MW, la réalisation des 8 parcs éoliens
avec leurs 660 éoliennes de 1,5 MW s’étalera sur la période de
décembre 2006 à décembre 2012. Il en ira de même pour le second
appel d’offres de 2000 MW dont les mises en service seront
réalisées de septembre 2010 à décembre 2015.
C’est Hydro-Québec qui en tant
que monopole public reste le maître d’œuvre de l’énergie
éolienne au Québec. À l’exemple du Sommet sur l’économie et
l’emploi de la Gaspésie et des Îles-de-la-Madeleine qui se fixa
comme objectif de mettre en place les conditions favorables à un
développement éolien au Québec, c’est Hydro-Québec qui signe des
contrats de gré à gré pour le développement de tel ou tel parc
éolien ou initie des processus d’appels d’offres comme celui de
2000 MW qui est en cours.
Actuellement, la société d’État
fait la promotion de son appel d’offres de 2000 MW non seulement
au Québec mais dans l’ensemble de l’Amérique du Nord, voire en
Europe. Les
promoteurs ont jusqu’à la mi-septembre 2007 pour déposer leurs
propositions. Cela confirme le monopole d’État sur la
distribution de l’électricité au Québec et aucun producteur
privé ne peut développer un parc éolien sans avoir d’abord signé
un contrat ou remporté un appel d’offres avec la société d’État.
Faut-il préciser qu’Hydro-Québec n’a pas à acheter l’énergie
produite par tel ou tel producteur, sauf par contrat ou suite à
un appel d’offres. En tout temps, la société d’état peut
disposer de cette énergie comme elle le veut et quand elle le
veut.
Le développement de l’énergie
éolienne au Québec est donc passablement encadré dès le départ
par les projets mêmes du monopole public et de sa capacité à
intégrer l’énergie éolienne dans son propre réseau. Une fois
qu’elle a arrêté son choix sur tel ou tel producteur, c’est par
contre au promoteur de mener à terme son projet, mais
contrairement à la société d’État, les producteurs privés ne
disposent pas d’un droit d’expropriation. Les développeurs sont
donc forcés de s’entendre avec les autorités locales et les
cultivateurs ou propriétaires de boisés susceptibles
d’accueillir les éoliennes; ils ne peuvent imposer le
développement éolien. Des contrats sont signés individuellement
avec les propriétaires de terrains qui ont le choix d’accepter
ou de refuser.
De plus les promoteurs doivent
satisfaire aux exigences du Bureau d’audiences publiques sur
l’environnement. C’est ainsi que chaque projet est examiné à la
loupe par les commissaires qui font l’audition des différents
mémoires et peuvent questionner les différents intervenants du
milieu. Des modifications sont régulièrement imposées aux
promoteurs, comme le déplacement d’éoliennes vers des sites plus
compatibles avec les différents habitats.
À l’été 2006 le plus important
projet de parc d’énergie éolienne au Québec, celui de 201 MW de
la Compagnie SkyPower, a été refusé par la Municipalité
régionale de Rivière-du-Loup. Il s’agissait pourtant d’un projet
de 350$ millions et de la construction de 134 éoliennes.
Quarante-trois éoliennes étaient dérogatoires en relation avec
un règlement de contrôle intérimaire (RCI) initié par la MRC de
la région du Bas St-Laurent au début de 2006 soit plus d’un an
après la signature du contrat entre SkyPower et Hydro-Québec
Production. La compagnie aurait bien souhaité une modification
du RCI, les élus locaux l’ont refusé unanimement préférant
attendre le dépôt officiel du rapport du BAPE.
On voit donc à travers cet
exemple que les communautés locales ont une prise réelle sur le
développement éolien. Skypower n’avait pourtant pas ménagé ses
efforts et affichait sa confiance de pouvoir réaliser le projet
après avoir obtenu le financement nécessaire auprès des marchés
financiers. Quelques semaines avant la décision de la MRC, la
compagnie s’était même fait livrer une soixantaine de pales
d’éoliennes sur le quai de Cacouna. Depuis la MRC et le
promoteur en sont venus à un compromis. Depuis juillet 2007 on
sait que le projet ira de l’avant, mais il a été profondément
modifié. A titre d’exemple aucune éolienne sera désormais située
à moins de 4 kilomètres des berges du Fleuve St-Laurent.
On voit donc que le développement
de l’industrie éolienne au Québec, loin de se faire d’une façon
anarchique est au contraire soumis aux règlements mis en place
par les MRC et les municipalités, qui ont toujours en cette
matière le dernier mot, et ce même si les enjeux peuvent parfois
représenter des centaines de millions de dollars.
Près d’une trentaine de MRC ont
adopté jusqu’ici des règlements de contrôle intérimaire en
développement éolien. Les MRC de Brome-Missisiquoi et de
Memphremagog ont interdit les les éoliennes de grand gabarit
(plus de 15 mètres ou 25 mètres) sur respectivement 60 et 30% de
leur territoire (Voir le tableau ci-contre : Compilation des
différents RCI éoliens adoptés au Québec). Quant aux
municipalités elles peuvent toujours se soustraire aux RCI avant
leur adoption, mais une fois le RCI adopté elles doivent s’y
conformer et peuvent même adopter des règlements encore plus
restrictifs.
Qui peut affirmer que le
développement se fait de façon anarchique? Les normes sont
différentes d’une MRC à l’autre; la distance des éoliennes des
résidences, du périmètre urbain, des routes touristiques, des
rives du fleuve, tout cela peut varier d’une MRC à l’autre. Mais
est-ce là l’anarchie? Ne serait-ce pas plutôt reconnaître, que
le Québec n’est pas façonné avec une pensée unique et des normes
universelles.
Plus fondamentalement, la
diversité des normes illustre la diversité des intérêts et des
points de vue. Alexis de Tocqueville serait fier de cette belle
pluralité québécoise des points de vue et des perceptions.
Reconnaissons en cela l’importance des pouvoirs locaux et
l’absence, contrairement au monopole d’État, de tout pouvoir
d’expropriation pour les entreprises privées. Hydro-Québec, on
ne le répètera jamais assez, choisit le promoteur en fonction
des critères qui lui sont propres et les élus locaux encadrent
le projet par des règlements de contrôle intérimaire ou
municipaux, qui peuvent empêcher le promoteur de réaliser son
projet tel qu’il avait été conçu initialement.
Enfin des tribunaux
administratifs comme le BAPE et la Commission de protection du
territoire agricole du Québec peuvent singulièrement après
examen ou tenue d’audiences publiques, modifier
substantiellement un projet voire même le refuser. Longtemps
voulu et désiré par la Gaspésie, le développement éolien au
Québec est soumis entièrement au processus démocratique avec
audiences publiques, ce qui est tout le contraire de l’anarchie
et de la précipitation. En matière de développement éolien les
producteurs ne peuvent pas faire n’importe quoi. Ils doivent
signer une entente de gré à gré ou gagner l’appel d’offres
d’Hydro-Québec, satisfaire aux exigences des MRC et des
municipalités, obtenir les autorisations nécessaires du BAPE et
de la CPTAQ et signer des contrats de 20 ans avec chacun des
propriétaires de terrains où seront installées les éoliennes.
Qui dit mieux?
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